Comment le projet « Les Êtres Vivants » traite-t-il la question de la façon dont sont perçus les quartiers populaires ?


Cette question est désormais centrale dans Expéditions. Elle prend la place que pouvait avoir la proposition de Marie-Pierre Bouchaudy lorsqu’elle proposait de travailler sur les questions « Où et comment se procure-t-on sa nourriture ? »
J’estime, à première vue, que je suis en mesure de la traiter dans ma production par le moyen de l’interprétation. L’aspect de la vie sociale que je vise est le corps dans sa forme vivante, et de surcroit les êtres vivants humains, à savoir : leur forme (en partie), leurs attitudes, leurs situations dans l’espace en interrelation avec les autres. Je vais produire des objets (moulage d’empreintes) des traces (empreintes graphiques) et des installations (figurines). Chacun des ces objets obtiendra une légende où figureront des caractéristiques précises : provenance, mesures, nature de la partie du corps, identification, métier de la personne, territoire de la personne, catégorie par métier, répartition de cette catégorie dans le territoire, activité au moment de l’empreinte, description du contexte social, point de vue de l’explorateur (je me réserve évidemment la possibilité de modifier ces caractéristiques en fonction du déroulement des opérations).
Alors que je m’attache à collecter le corps dans son contexte social, je dois pourtant admettre que chaque corps se rattache à une personne, un individu, et c’est sans doute là que se fait le lien entre corps et social. Le corps n’est individu que lorsqu’il est en relation avec les autres, qui le désignent en tant qu’individu socialement constitué, appartenant ou pas au groupe. Un corps sans vie perd-il sa qualité d’individu ? Subitement, il ne serait plus qu’un corps organique désincarné. Je pars de l’hypothèse que la fonction d’incarnation du corps se maintient dans le contexte social, dans la mise en contexte social du corps. Cette fabrication sociale du corps s’exécute donc dans une entreprise de personnification, subjective et intersubjective, individuelle et collective. Ce sont des interprétations, des sentiments, des intentions de sens émises par l’individu, au travers desquelles il se réalise dans des activités. Il occupe une place, une fonction, un métier et il positionne son corps en conséquence.
Il ne s’agit pas de discuter de quelle détermination la relation corps/identité/position/interprétation/langage dépend. Non. Simplement, la définition de l’individu qui occupe un corps dans toute son actualité relève d’interprétations que nous pouvons obtenir par le dialogue. Ces interprétations serviront à compléter les légendes afférentes aux « traces » de corps que j’aurai collectées. Il est quasiment certain que ces interprétations varieront d’un individu à l’autre, d’un contexte social à l’autre. Cet exercice de croisement des interprétations deviendrait alors un moyen empirique d’observer les écarts de perception des corps, ou du moins des éléments matériels obtenus plastiquement, entre les personnes vivant dans un quartier populaire, ou non, et à propos de ce matériel issu des quartiers populaires ou non.

 

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