« Discours »

Discours prononcé par Romain Louvel lors de l’inauguration de l’Exposition à la Criée le 15 juin 2012. Ce discours fut une pièce, discrète et éphémère, de l’Exposition.

« Mesdames et Messieurs,
Madame la Ministre,
Monsieur le Président du Conseil régional, 
Monsieur le Président du Conseil Général, 
Monsieur le secrétaire général du comité interministériel de la ville,
et de la ville et de la délinquance,
Monsieur le Maire, 
Mesdames et Messieurs les élus,
Madame la directrice de la Criée,
Mesdames et Messieurs les administrateurs de la Criée,
Messieurs les techniciens de la Criée, que je félicite pour le travail effectué pour le montage de cette exposition,
Mesdemoiselles les médiatrices de la Criée,
Mesdames et Messieurs les artistes, les sociologues, les pédagogues, les coordinateurs, les graphistes, et tous ceux qui ont contribué à cette exposition.Je vous remercie chaleureusement de votre présence.

Dans le monde des grands événements, les Expositions dans les centres d’art contemporain occupent une place non négligeable. Depuis plus d’un siècle et demi, depuis la grande exposition de Londres en 1851, ces grands événements n’ont cessé de marquer leurs époques.

À chaque fois, c’était l’occasion d’un bon mot, c’était le moment d’une pensée positive sur le monde.

On ne peut que se réjouir que l’exposition se passe à Rennes, dans la Criée, là où … les expositions se passent : ancienne galerie marchande devenue centre d’art contemporain.

Ce type de réjouissances s’exprime par exemple chez Michel Duffour, alors Secrétaire d’État au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle, le 23 juin 2001, pour l’exposition « l’inattendu muséal de Jean Nouvel ». Il  évoquait un moyen de donner l’accès aux citoyens à la culture architecturale, d’en partager les problématiques. Bref un outil de connaissance.

Autre exemple, Jacques Chirac disait que c’était pour lui une grande joie et une grande émotion que d’inaugurer aujourd’hui, avec vous, venues du monde entier, le musée du quai Branly, tout comme nous inaugurons aujourd’hui l’Exposition. Lorsqu’on inaugure une exposition, nous prenons soudainement conscience de la grande portée culturelle, politique et morale de l’évènement. Ainsi, un lieu dédié aux expositions serait porteur de valeur pour rendre justice à l’infinie diversité des cultures, un lieu qui manifeste un autre regard, mais aussi, un lieu qui expose des discours variés. Avec un peu d’habileté, nous pouvons facilement passer de la domination à l’hommage, sans changer une seule pièce de la collection.

Ici, l’Exposition masque un mystère qui aiguise la curiosité : qu’est-ce que les explorateurs ont-ils rapportés de leurs expéditions ? Mais, plus profondément encore, l’Exposition dissimule également les choix qui ont été faits sur la nature des objets sélectionnés et leur présentation. Longtemps les expositions ont témoigné du progrès des temps. Elles ont aussi été le théâtre de lutte. Bref, l’exposition est une scène et elle met en scène nos expéditions, traversées des questions que nous nous posons, traversées aussi par nos cadres. Ici il y a une logique, des personnages, disposant chacun d’une place à tenir.

Les techniques de communication sont si aboutis que nous comprenons assez rapidement, ne serait-ce qu’à la vue de l’affiche de l’Exposition, que Romain Louvel est un artiste, un artiste émancipé. En 1901, au Grand Palais, Raymond Poincaré s’adressait aux artistes en demandant : « Qu’allez-vous faire de cette émancipation dont vous êtes si justement fiers ? C’est là un problème que vous aurez à vous poser. Considérez-vous les expositions comme de vastes bazars où 1′on entasse presque sans choix ni distinction toutes les œuvres qui se présentent ? Est-ce le point de vue mercantile qui dominera ? » et j’ajouterai, ou celui de la culture neutralisée, scénarisée ?

Il me faut conclure à présent, et je pense alors soudainement à Jean-Pierre Lafond, découvert sur Wikipédia, alors qu’il était président du Bureau International des Exposition, le 30 avril 2010, pour l’ouverture de l’exposition universelle à Shanghai. Je cite : « Que cette Exposition universelle contribue à une prise de conscience, afin que nos villes deviennent plus durables, plus justes, plus sures, plus harmonieuses. C’est l’un des défis des années à venir. »

Et oui. Mais souvenez-vous. Demain. Attention ! Pas aujourd’hui. Demain !

Merci et bonne visite ! »

 

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