La place des pédagogues / Pédagogues place in Expeditions

La difficulté longtemps répétée par les pédagogues polonais depuis le début du projet Expéditions consiste à mobiliser les jeunes adolescents sur une action. D’abord, Andrzej (pédagogues et membre du GPAS Varsovie) nous a souvent dit que le motif du projet était très abstrait, trop abstrait selon lui, et difficile d’accès pour les enfants dont les pédagogues s’occupent. La démarche abstraite d’Expéditions ne répondrait pas directement à leurs intérêts : s’amuser, avoir des sensations, découvrir un environnement qui leur parle, etc. Andrzej souhaite alors que chaque explorateur qui collabore avec les enfants fasse l’effort de l’expliquer. Il le dit comme étant un devoir qui relève de « notre responsabilité » à tous.Ce point est discutable, non pas dans sa logique de raisonnement, mais dans la ligne de démarcation qu’il laisse entendre entre les pédagogues d’un côté et les artistes et les chercheurs. Il suppose que l’équipe pédagogique et les jeunes n’ont pas de responsabilité à prendre dans le déroulement du projet (qui se compose en réalité d’une multitude de petites actions, de micro dispositifs). Il suppose que le fond du projet est une importation qu’il convient d’adapter au contexte. Il suppose enfin que le projet Expéditions renvoie à une forme finie, un plan d’architecte pour la construction d’un projet dessiné à l’avance. Il remet donc en question l’introduction des pédagogues dès le début de la construction du projet.

La question de l’intégration incomplète de la pédagogie dans la structure du projet s’est révélée avec chaque équipe pédagogique à Tarragona, Rennes et ici Varsovie. Je crois qu’elle tient à deux choses :

1 / Premièrement, il y a une urgence dans le métier de pédagogue au travail dans la rue, dans l’environnement brut des enfants. Cette urgence ne permet pas d’avoir le loisir du recul sur l’action en cours, en tout cas pas au même niveau que les artistes et les chercheurs. Pour rester en contact avec la population, pour donner une continuité à son action, pour maintenir la connexion, il faut tous les jours faire quelque chose simplement, une chose en amenant une autre, ceci permettant de construire une relation, une démarche, un projet, étape par étape, avec la participation effective des jeunes. Au contraire, le projet Expéditions se présente à nous comme une idée abstraite déterminée, laquelle renvoie aux activités quotidiennes possibles que le métier de chercheurs et d’artistes est en mesure de produire. Ce qui est loin d’être le cas pour les enfants et les jeunes concernant ce projet. Les pédagogues entendent bien la démarche du projet (contrairement à ce que prétend avec humour Andrzej), mais ils savent aussi se mettre à la place des enfants avec qui ils travaillent, et de ce point de vue, le projet manque d’opération concrète définie en amont qui présupposerait une certaine attitude à avoir. Ces actions prétextes sont du ressort des pédagogues, elles concernent leur stratégie d’intervention à laquelle nous pouvons tous collaborer sans pouvoir les impulser au titre de la pédagogie. De la même manière, l’artiste développe ses propres stratégies de travail et ne compte sur personne d’autre. Or, c’est finalement à partir d’activités concrètes partagées que les collaborations entre artistes, chercheurs et enfants peuvent avoir lieu. Ne faut-il donc pas garder l’idée d’Expéditions comme un titre générique qui annonce la rencontre de toute cette équipe, et ne parler de projet ou de micro projet uniquement lors des collaborations très concrètes ? C’est une solution pour minimiser la dimension abstraite de la façon dont ce projet réinvestit une idée qu’il tente de déconstruire. Mais d’autres problèmes apparaissent très vite : la courte temporalité du projet (3 semaines), les difficultés de communication et de langage, la démarche en élaboration par étape au jour le jour de la plupart des explorateurs…2/ La deuxième chose est liée au fait que l’équipe pédagogique accueille l’expédition sur son territoire. Comme les Amérindiens de la côte est qui donnaient quelques coups de main à l’envahisseur européen, comme les villageois aux abords de la forêt amazonienne ou les peuples de la côte africaine qui participaient aux expéditions dans les terres au côté des Européens en tant qu’« hommes à tout faire », les pédagogues et leurs publics ont cette étrange posture de guide, ou, comme la souvent dénoncé Anne-Catherine (pédagogue GRPAS à Rennes) pour évoquer cette dérive, de « serviteur » au service des chercheurs et des artistes. Il y a un fait d’inégalité avéré. Ce sentiment est renforcé par le fait que les pédagogues n’ont pas les mêmes conditions salariales et statutaires que les artistes et les chercheurs (ce problème n’a pas été vu au moment où les décisions primordiales budgétaires ont été posées pour des raisons qui dépassent le cadre de cette réflexion). Les pédagogues et les enfants sont donc amenés à collaborer avec les chercheurs et les artistes comme un fait décidé à l’avance. Si les pédagogues ont accepté cette collaboration de travail, en revanche elle s’impose aux enfants. C’est pourquoi Andrezej répète souvent que les enfants sont libres de refuser toute collaboration, ce qui semble arriver fréquemment du fait de l’approche pédagogique du GPAS Varsovie, laquelle tente d’instaurer une relative égalité entre pédagogue et enfants, dans un contexte social difficile. La part de négociation est considérée comme faisant partie de l’action pédagogique. Par conséquent, l’accueille du projet sur un territoire habité dans une continuité d’actions spécifiques et d’individualités pose la question de l’importation d’une action dans un espace déjà occupé. Dans quelle mesure l’une ne chasserait-elle pas l’autre ? Où est la limite entre la visite et l’invasion, entre la collaboration, le partage et la soumission, la domination ? Cette limite se pose-t-elle là où les pédagogues réagissent, c’est-à-dire sur des situations qui, du point de vue de l’extérieur, n’ont pas vocation à être problématiques, celles qui nous semblent « normales » ?

J’estime pour ma part que s’il y avait refus net des jeunes adolescents dont les pédagogues du GPAS Varsovie s’occupent, il ne faudrait pas y voir d’échec, mais au contraire une situation de perturbation favorable au développement de stratégies nouvelles, et également favorable à la déconstruction méthodologique du motif de l’expédition. Le fait d’évoquer cette possibilité prouve que chacun est en mesure d’y croire, et nous oblige à faire bouger nos interprétations, d’un comportement perçu comme déviant vers en acte de résistance légitime. Une véritable leçon pour les artistes, les chercheurs et les pédagogues en situation de travail. Suite à cela, il ne s’agit pas pour autant d’abandonner le terrain, car c’est là où s’ouvrent les possibilités créatives, au fond, c’est peut-être là où les choses deviennent intéressantes.

The difficulty that polish pedagog said since the beginning of the project consist to mobilisate the young people to cooperate. First, Andrzej (pedagogue of GPAS varsaw) ofently said that the idea of the project is very abstract, probably too much, and hard for kids to be understood. This approach of Expeditions don’t interest young people directly : have fun and sensation, discovery their own environment, etc. Andrzej would like each explorers explains to the kids what is Expeditions. He said that it is a kind of duty and the responsibility of artists and researchers.

This point is debatable, not for its logic of reasoning, but in the fracture that it supposes between pedagogues in one side and artists and researchers in an other side. It supposes that the pedagogic team and the young people don’t have any responsibility in the process of the project (which is in fact a multitude of small actions and micro devices). It supposes that the background of the project is an importation which we have to adapt on the context. At last, it suppose that the project Expeditions include a finish form, an plan of architecture for the construction of a project designed before. It questioned the introduction of pedagogues since the beginning of the construction of this project.

The question of incomplete integration of pedagogues action in the structure of the project is revealed with each pedagogues team, in Tarragona, Rennes and here, Varsaw. Why ? For me, there is two reason :

1 / First, ther is an emergency in the pedagogue’s job, in the street, in the basic kids environment. This emergency don’t give lot of possibility to stand back and to see the process, not in the same level as artists and researchers. To keep in touch with the population to give a promise to the pedagogic action, to maintain the connexion with kifds, the pedagogues have to make something very basic with kids, just a walk for example, and day by day it could built a relation, a collective approach, a project, step by step, with the effective participation of young people. On the contrary, Expeditions project give us an idea abstract and determinate, and oriented by the possibility of research investigation or artistic production. This is not the case for the young people and the children who participate in this project. Pedagogues understand the mobile of the project (contrary that of Andrzej said with humor), but they are be able to stay into the mind of the kids that they work with. And, from this point of view, the project os not enough oriented by concrete actions which defines some attitudes. These pretexts are understood in a pedagogic way, they concern the strategy with all the team could collaborate but not inputs like pedagogues. In the same way, for example, artists develop their own strategy to work alone. Yet, it is finally from concrete sharing activity that the collaboration between artistes, researchers and pedagogues is possible. So is it not better to keep the idea of expedition like a generic title to announce the meeting of all of the team, and don’t talk about project but only a multitude of micro project during the concrete collaboration ? It is a solution to minimize the abstract dimension of the idea of expedition questioning and which this project try to deconstruct. But other problems appear : the small temporality (3 weeks), the difficulty of communication and language, the process day by day for most of explorers, etc.

2 / The second thing concerns the fact that the pedagogic team hosts the expedition on its own territory. Like indians in america who give help to the european colonizer, or the villagers close to the Amazonian forest or african people living in the cost and helping the white european expedition inside the continent in 15 and 16 centuries, like handymen, the pedagogues and their publics are in a strange posture, as a guide, or, like Anne-Catherine (GRPAS Rennes) said to talk about this abusive way, as « servitors » for the researchers and artists to facilitate their work. This feeling is reenforced by the reality that pedagogues don’t have the same social conditions as artists and researchers (this problem didn’t appear when we take main budget decision for many reason). The pedagogues and the kids have to collaborate with artists and researchers like a principe. If the pedagogues accepted this principe, however, this principe requires the collaboration of the children. Thar why Andrzej often said that children are free to refuse, that is a possibility in the pedagogic approach in GPAS Varsaw. So, the welcome of this project on a territory in a occupy social space is a big question. Where is the limit between visit and invasion, share, submission and domination ? May be this limit appears when the pedagogues react, I mean on situations which, from an external point of view don’t have vocation to be problematic ?

I think that if the young people refuse to collaborate, it won’t be a failure, but on contrary a opportune perturbing situation for the development of news strategies, and an opportunity for the methodological deconstruction of expedition idea. This possibility prove that everyone is able to believe on it, and it forces ourself to change our interpretations from a deviant behavior to a act of legitimate resistance. It is a good lesson for artists and researchers in process. After that, we must not abandon the work because at this moment many creative possibility are open, and it is perhaps the most really interesting moment.

 

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